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Palmarès du Festival de Cannes,
Si l'on devait décrire l'ambiance du Festival de Cannes 2010, on pourrait dire qu'elle fut grise et morne à l'exception de sa clôture. Grise, la météo qui oscilla entre franchement orageux et presque pluvieux sauf le dernier week end. Morne, la sélection des films en compétition dans laquelle un jury inspiré trouva finalement de quoi bâtir un palmarès inespéré.
Une des questions sans réponse du 63eme Festival de Cannes est de savoir pourquoi la plupart des cinéastes de renom en présence ont produit simultanément leur film le plus médiocre.
Si l'on extrait de la sélection les quelques cinéastes qui pour diverses raisons ne pouvaient prétendre à la Palme d'or, il restait en lice : Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures d'Apichatpong Weerasethakul, Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, Poetry de Lee Chang-dong, Biutiful de Alejandro González Inárritu et Another Year de Mike Leigh. A cette liste nous ajoutons sans complexes notre préféré : Mon plaisir de Sergei Loznitsa. Jusqu'ici inconnu, ce cinéaste d'origine ukrainienne a 36 ans et vit en Allemagne. Il a réalisé une demi douzaine de films documentaires. Mon plaisir, son premier long métrage de fiction, décrit l'itinéraire d'un routier qui traverse la plaine russe, aux confins de la Russie et de l'Ukraine. Pour éviter un embouteillage, il emprunte un raccourci dans la forêt et se trouve brusquement plongé dans un univers qui, bien que contemporain d'apparence, ressemble davantage au moyen-âge. Des soudards pillards et des paysans abrutis de vodka s'y entre-tuent sans discontinuer. On retrouve chez Sergei Loznitsa ce que nous aimons dans un certain cinéma russe (notamment chez Zviaguintzev, l'auteur de Le retour et de Le bannissement ) : le sens de l'image, le goût pour les grands espaces, la présence de la nature, et une narration souvent énigmatique.
Dans Poetry, il s'agit de la mort "sociale" d'une dame vivant dans une petite ville de Corée atteinte de la maladie d'Alzheimer et qui, au moment où les mots lui échappent, suit des cours de poésie. Par ailleurs, son petit fils vivant sous son toit est accusé d'avoir participé au viol collectif d'une collégienne qui s'est suicidée. Sur un thème aussi grave, Lee Chang-dong parvient à décrire avec délicatesse et retenue l'évolution de son personnage principal, poursuivant malgré toutes ces vicissitudes une douce mais obstinée quête de la beauté et de l'harmonie. De nombreux festivaliers pensaient que, pour ce rôle, la grande actrice YUN Junghee obtiendrait le prix d'interprétation. Le jury a préféré décerner cette récompense à Juliette Binoche qui l'a reçue sans excès d'élégance ni de pudeur.
Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois raconte les derniers jours des moines de Tibhirine pendant l'hiver 1996, au cœur de l'atlas algérien avant que sept d'entre eux soient enlevés et assassinés. Le film décrit la vie monastique dans ses aspects rituels et prosaïques. Il dépeint les grandes qualités humaines de ces religieux et insiste sur leur insertion dans ce pays rude et pauvre. Il est bien filmé, bien mis en scène, bien joué et sans doute très proche de la réalité, mais il est assez ennuyeux. Selon nous, cela tient à deux handicaps. La premier est son scénario trop lisse, qui escamote l'exécution des moines et donc ne tranche pas entre la responsabilité des autorités algériennes ou celle des terroristes dans le martyre des trappistes. Le second est l'incapacité de ses images à évoquer le mystère de la foi et à « faire frémir une eau dormante à l’intérieur d’un cœur » comme le disait Alain Cavalier à propos de Thérèse (1986).
Apichatpong Weerasethakul a, à tort, la réputation d'être un artiste hermétique. En réalité, il n'est pas nécessaire de posséder de nombreuses clés pour entrer dans son monde. Il est simplement utile de savoir que ses films se déroulent dans le nord-est de la Thaïlande, région qui a connu dans les années 60 une très forte répression militaire des maquis communistes. La mémoire de ces années douloureuses est encore vivace. L'oncle Boonmee a existé. Il affirmait que, grâce à la méditation, il arrivait à voir derrière ses paupières se dérouler ses vies antérieure comme un film sur un écran. Le père du réalisateur est mort d'insuffisance rénale comme le héros du film. C'est à partir de ces matériaux qu'est construit Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures dont le thème est celui de la transmigration de l'âme du héros qui quitte peu à peu le monde des vivants. Dans ce processus il retrouve une dernière fois sa femme et son fils décédés car « les fantômes ne visitent que les vivants ». Tout l'art de Weerasethakul et de solliciter la perception sensorielle des spectateurs, s'ils acceptent de se laisser entraîner dans son univers peuplé d'esprits. Ces esprits, au corps velu et qui en guise d'yeux ont deux lumières rouges sont les monstres qui peuplaient les cinéma et les bandes dessinées populaires thaï du temps de la jeunesse du cinéaste.
Prés de 90 ans après Nosferatu de Murnau, les fantômes viennent à nouveau à la rencontre des vivants. Dans l'univers de Weerasethakul, il n'est pas nécessaire de franchir un pont, ils sont partout. ***************** Palmarès du Festival de Cannes 2010 (longs métrages )
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